Hong Kong : un défi en matière d’énergie

Hong Kong est la région la plus riche de Chine. Selon les critères pris en compte par l’indice de développement humain (IDH), Hong Kong est considéré comme une région à développement « très élevé » (IDH de Hong Kong = 0,944 ; 23e au niveau mondial). Néanmoins, dans le territoire étriqué de Hong Kong se pose le défi énergétique. Comment réussir à subvenir aux besoins sans dépendre de l’extérieur et en consommant une énergie la plus propre possible ?



Hong Kong : un défi en matière d’énergie
Par Antoine Jay, source : www.greenenergiesworld.com

D’énormes difficultés liées à la nature de Hong Kong
Hong Kong a été cédé à la couronne britannique lors du traité de Nankin (1842). Le territoire alloué aux britanniques a peu à peu augmenté jusqu’en 1898 (annexion des Nouveaux Territoires, voir la carte ci-dessous). L’ensemble a été rétrocédé à la Chine en 1997. Son territoire occupe aujourd’hui une surface de 1100 km² avec une densité moyenne de 6357 habitants/km². Dans le quartier de Mong Kok, la densité atteint 200 000 habitants/km² (la plus importante au monde).

La surface par habitant est très faible comparée à la consommation d’énergie (6400 kWhe par an et par habitant). Les Nouveaux Territoires ne sont que très peu urbanisés car protégés de façon drastique par le ministère hongkongais de l’agriculture qui refuse toute nouvelle infrastructure, y compris s’il s’agit de projets d’énergies renouvelables soutenus par d’autres institutions gouvernementales.

Cette situation a entrainé un recours massif aux énergies fossiles. Le mix énergétique actuel pour la production d’électricité est ainsi composé à 54% de charbon et à 23% de gaz naturel. La centrale nucléaire de la baie de Daya (Chine continentale) fournit également 23% de l’électricité consommée à Hong Kong alors que les énergies renouvelables n’en représentent aujourd’hui qu’entre 0,5 et 1%.

Défis futurs
Pour l’instant, la majorité de l’électricité consommée à Hong Kong est produite en Chine continentale dans la région de Shenzhen. Shenzhen jouissant du statut de zone économique spéciale, la région se développe donc rapidement.

La demande en électricité augmente de manière significative et des tensions apparaissent entre Hong Kong et Shenzhen quant à la fourniture d’électricité. L’électricité importée de Chine n’est plus aussi abordable. Trouver de nouvelles sources d’énergie bon marché devient donc une nouvelle priorité pour Hong Kong.

Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé en 2008 à réduire de 20% les émissions de GES d’ici 2030 sur la base des chiffres de 2005. Ces nouvelles sources d’énergies devront donc être le moins possible émettrices de CO2. Il faut également souligner le problème de la qualité de l’air qui se trouve amplifié par la forte densité. L’apparition d’un indice de qualité de l’air présenté chaque soir lors de la météo a déjà largement sensibilisé les hongkongais à ce problème.

Les actions menées actuellement
Les hongkongais commencent à prendre conscience des problèmes liés à leur consommation d’énergie. Néanmoins, rares sont les projets d’énergies renouvelables à voir le jour à Hong Kong. Hong Kong ne possède aucune ressource exploitable en hydroélectricité ou en géothermie mais quelques installations de panneaux solaires photovoltaïques et de petit éolien ont été mises en place.

Le gouvernement de Hong Kong veut montrer l’exemple en obligeant tous les bâtiments officiels à intégrer des installations d’énergies renouvelables. Ainsi le siège de l’EMSD (agence gouvernementale en charge notamment des réseaux d’électricité) intègre 350kWc de panneaux solaires photovoltaïques ainsi que du petit éolien.

Au total, ces installations fournissent entre 7 et 15% de l’électricité consommée par le bâtiment. Par ailleurs, deux u sines produisant du biogaz (méthane) à partir de déchets alimentaires (poulet et huiles de friture) sont en phase finale de construction. Ces initiatives doivent servir de catalyseurs de futurs projets d’énergies renouvelables.

Ces quelques initiatives ne sont cependant pas significatives et mettent en lumière les grandes difficultés que connait une ville densément peuplée comme Hong Kong concernant la mise en place d’énergies renouvelables. Au niveau mondial, c’est souvent le gouvernement qui montre la voie en finançant lui-même la construction d’installations de taille significative (cf. Abu Dhabi, Chine) ou en mettant en place des mesures incitatives.

Dans le cas de Hong Kong, la mise en place de projets de taille conséquente semble impossible. En effet, le territoire ne comprenant aucune ressource naturelle, le gouvernement ne tire ses recettes que des impôts payés par les hongkongais (les impôts sur les sociétés sont parmi les plus bas au monde). Ainsi, la construction de projets conséquents implique forcément une hausse d’impôts ou une diminution des prestations, ce à quoi les hongkongais ne semblent pas prêts.

Consultation sur la « stratégie par rapport au changement climatique »
Le gouvernement hongkongais se dit volontaire pour mener une politique visant la réduction des émissions de GES. A ce titre, une consultation de trois mois a été lancée le 10 septembre 2010 sur la « stratégie par rapport au changement climatique ».

De nombreuses mesures sont proposées aux hongkongais. L’objectif global est une diminution de 19 à 33% des émissions de GES. Cet intervalle paraît très important. Le précédent objectif correspond à 20% de réduction des émissions. 19% paraît donc trop modeste alors que 35% semble très difficile à atteindre.

Les mesures proposées pour atteindre cet objectif comprennent par exemple un plus grand recours à l’énergie nucléaire (objectif de 50% de l’électricité consommée en 2020 contre 23% aujourd’hui) aux dépens du charbon dont Hong Kong espère pouvoir se passer d’ici 2030. L’énergie nucléaire serait produite en Chine continentale, ce qui semble difficilement envisageable au vue des problèmes de concurrence énergétique évoqués précédemment. Ce recours massif au nucléaire est sûrement la mesure la plus critiquée.

Concernant la production d’électricité, l’utilisation des déchets sera également mis en avant avec la construction de trois usines (fermentation et gazéification) qui devraient produire 2% de l’électricité consommée en 2020. Deux fermes éoliennes off-shore sont en projet et fourniraient entre 1 et 2% de l’électricité d’ici 2020.

Le solaire ne fait pas l’objet de mesures particulières. En effet, même si Hong Kong jouit d’un très bon ensoleillement, le solaire souffre de nombreux défauts à Hong Kong. Il n’y a pas de notion de propriété à Hong Kong, tout terrain est en réalité loué par l’Etat qui a adopté des mesures très strictes de protection des espaces naturels. Il est donc pratiquement impossible de mettre en place des centrales solaires au sol.

Quant à l'installation sur les toits des immeubles, la surface disponible étant très faible, la consommation n’est pas significative, ce qui est d’autant plus vrai que les panneaux solaires ne peuvent être installés que sur les plus hautes tours à cause des problèmes de réverbération.

Meilleure énergie : celle qu’on ne consomme pas
Une autre mesure importante défendue par la consultation est la régulation stricte des consommations d’énergie à la fois domestiques et industrielles, ainsi qu’une obligation de se soumettre à un audit énergétique tous les 5 ans pour tous les bâtiments. A ce niveau-là, les économies d’énergie potentielles sont importantes, en particulier au niveau des bâtiments.

Le professeur Hui s’est montré optimiste quant à l’adoption de cette consultation par la population mais considère que beaucoup de travail reste à faire, notamment au niveau de l’air conditionné et de l’isolation des bâtiments. Aucune mesure proposée par le gouvernement ne vise particulièrement ces deux points.

Le climat hongkongais, particulièrement chaud et humide (température moyenne : 26°C ; humidité moyenne : 78% ) fait que l’air conditionné est un équipement de base et représente plus de 50% de l’énergie consommée par les bâtiments. De nombreuses économies d’énergie peuvent et doivent être faites à ce niveau.

Plusieurs pistes sont à explorer : meilleur contrôle des températures, mise en place de normes plus sévères. Selon le professeur Hui, c’est en réalité l’ensemble du système qui doit être repensé. Les mots-clés sont isolation, systèmes de climatisation collective produisant du froid avec une meilleure efficacité, systèmes combinés de production d’air froid et eau chaude avec l’utilisation en parallèle de solaire thermique, systèmes de climatisation étagée.

Les caractéristiques de Hong Kong en termes de densité et de climat représentent indéniablement un frein au développement des énergies renouvelables sur le territoire. Le gouvernement hongkongais a cependant pris conscience de la nécessité d’agir dans ce domaine. Malgré tout, les mesures concrètes restent à l’heure actuelle assez timides et il faudra faire bien plus pour pouvoir atteindre les objectifs annoncés. Le levier le plus prometteur semble se situer au niveau des économies d’énergie, et notamment dans l’utilisation de l’air conditionné, qui représente une part considérable de la consommation énergétique de Hong Kong.

Le gouvernement semble pour l’instant n’envisager que des installations de grande taille. Néanmoins, des installations décentralisées fournissant de l’énergie au niveau local ont aussi leurs avantages. Elles sont plus adaptées à un milieu urbain et l’énergie peut être utilisée directement sans passer par le vecteur électricité, évitant ainsi les pertes associées aux différentes transformations et les problèmes de stockage.


Mercredi 1 Décembre 2010
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