Infernal Affairs de Andrew Lau et Alan Mak : un polar hongkongais incontournable

Infernal Affairs, de Andrew Lau et Alan Mak, fait partie des très nombreux polars hongkongais… A ceci près, que celui-ci, sorti en 2004, est un pur chef d’œuvre cinématographique... Qui est flic, qui est voyou ? Infiltration au sein de la police locale ou au sein des triades… A voir sur place ou avant de partir…



Infernal Affairs, DR
Infernal Affairs, DR
Ming est une « taupe » aux ordres d'une Triade. Entré dans la police à dix huit ans à l'initiative de son mentor, Sam, il a fidèlement servi celui-ci pendant dix ans et profité des tuyaux que le vieux gangster lui livrait sur ses rivaux. Bien noté de ses supérieurs, Ming est sur le point de passer inspecteur au Criminal Intelligence Bureau - la « Police des Polices » locale...

Yan a suivi l'itinéraire inverse. Infiltré au sein des Triades durant ses études à l'Académie de Police, sa mission d'agent secret lui a valu huit condamnations pour coups et blessures et deux séjours en prison avec obligation de suivre un traitement psychiatrique de longue durée.

Condamnés l'un et l'autre à mener une double vie, Ming et Yan voudraient échapper à leur passé. Le premier aspire à rompre avec la pègre, pour devenir un vrai policier, le second à retrouver son équilibre et son identité. Un soir fatidique, leurs chemins se croisent, et un duel serré s'engage entre les deux hommes, chacun cherchant à démasquer le premier la « taupe » adverse et à l'éliminer...

Infernal Affairs
Avec : Andy Lau (Lau Kin Ming), Tony Leung Chiu Wai (Chan Wing Yan), Anthony Wong (Wong), Eric Tsang (Sam), Kelly Chen (le docteur Lee Sum Yee), Sammi Cheng (Mary), Edison Chen (Lau Kin Ming jeune), Shawn Yue (Chan Wing Yan jeune)

Entretien avec Andrew Lau et Alan Mak

Infernal Affairs de Andrew Lau et Alan Mak : un polar hongkongais incontournable
Comment expliquez-vous le succès de Infernal Affairs ?
Mak : « Il a fallu que cette industrie touche le fond pour que nous commencions à nous poser des questions et à faire des films qui nous touchent. Avant, tout le monde était beaucoup trop occupé. Mais en 2002, la vague est retombée. La morosité ambiante nous a d'abord incités à faire une comédie, mais, après mûre réflexion, nous avons décidé de réaliser Infernal Affairs. Bien que ce ne fût pas un film particulièrement joyeux, il nous a paru être de son temps et nous avons eu l'espoir qu'il relance la fréquentation et donne un coup de fouet à notre cinéma.

Nous sommes très fiers de la réaction du public, non seulement à cause de l'accueil critique et du succès commercial, mais aussi parce que nous avons montré qu'on pouvait stopper le déclin de notre cinéma, et espérer ramener les gens dans les salles en s'appuyant sur un nouvel état d'esprit ».

Lau : « Nous avons commencé ce tournage avec un script complet, minutieusement découpé, précisant les axes et éclairages de chaque scène. C'est rare dans le cinéma de Hongkong. Les acteurs ont pu lire ce scénario avant le début du tournage et ils ont tous été conquis par l'histoire, ainsi que nos investisseurs qui ont pu cerner la nature du projet et s'y engager en toute confiance. Nous avons également tenté d'informer le public, de nous en rapprocher, de le rendre à nouveau fier du cinéma de Hongkong. Nous avons fait le même travail auprès de nos collègues. C'est cet état d'esprit que nous espérons maintenir au sein de notre cinéma ».

Ce film semble une réminiscence du cinéma de Hongkong des années 80. Avez-vous délibérément misé sur l'effet nostalgie ?
Mak : « Les films d'action et les histoires de flics et gangsters ont contribué à la réputation du cinéma de Hongkong, et on a tourné dans les années 80 de nombreux films sur la pègre. Mais on en voit peu aujourd'hui, car les goûts du public ont évolué et les comédies romantiques constituent maintenant le gros de la production. Il y a une certaine dose de nostalgie dans Infernal Affairs, mais je crois que le public est surtout sensible à une nouvelle approche d'un genre familier, avec l'introduction d'une pincée de bouddhisme et de thèmes inédits comme le choix, la pitié, l'esprit chevaleresque ».

Comptez-vous vous engager dans la même voie que des réalisateurs de la Nouvelle Vague hongkongaise des années 80 comme Tsui Hark ou Ann Hui ?
Lau : « Je ne me comparerais pas à ces auteurs. Je pense par contre que l'industrie du cinéma traverse une phase de déclin comparable à celle qui précéda l'éclosion de cette Nouvelle Vague. Il faudra que des professionnels s'engagent, unissent leurs efforts, développent des films novateurs et de qualité, comme le firent les réalisateurs de la Nouvelle Vague, pour que l'industrie retrouve son élan. C'est à cela que nous nous attachons ».

Mak : « Je suis d'accord avec Lau sur le fait qu'il est temps de révolutionner notre industrie. Mais l'innovation n'est pas garante de prospérité. Les réalisateurs de la Nouvelle Vague avaient réinventé divers genres et donné au public l'envie d'aller au cinéma. Aujourd'hui, il nous faut faire plus que rétablir la fréquentation. Il nous faut susciter des changements internes qui soutiendront l'industrie sur le long terme. Nous pouvons, à notre modeste échelle, faire preuve d'imagination sur tel ou tel film, mais c'est toute l'industrie du cinéma qui doit maintenant se structurer et s'impliquer dans l'élaboration d'un modèle propre à assurer sa croissance ».

A-t-il été difficile de faire Infernal Affairs dans ce contexte tourmenté ?
Mak : « Il m'a fallu trois ans pour développer l'histoire, puis écrire le scénario, sans savoir si quelqu'un prendrait en charge le projet. Ayant essuyé de nombreux refus, j'avais décidé de renoncer au cinéma si j'échouais cette fois-là. Par chance, Infernal Affairs a bien marché et j'ai pu persévérer, mais je connais beaucoup de collègues qui ont encore les mêmes soucis. Cela ne tient pas à la qualité de nos films, mais à la mauvaise situation économique de la région qui n'encourage pas les gens à se rendre au cinéma. D'autant qu'il leur suffit d'attendre un mois pour voir surgir cassettes et DVD pirates qui ont significativement aggravé la situation ».

Lau : « Nous nous posions des questions sur notre avenir lorsque nous avons fait Infernal Affairs, mais nous avons tenté de faire de notre mieux en surmontant les carences traditionnelles de notre cinéma en matière d'écriture, de casting et de postproduction ».

Que pouvez-vous nous dire d' Infernal Affairs II et III (respectivement le prologue et la conclusion d' Infernal Affairs) ?
Lau : « La pratique courante consiste à analyser les résultats d'un film et, lorsqu'ils sont bons, à donner le feu vert à une suite ou deux. Ce n'est pas ainsi que nous avons abordé notre trilogie. Nous avons mis au point les intrigues des épisodes II et III durant le tournage du premier film, et avons décidé de les tourner à la suite l'un de l'autre parce que nous avions pleinement confiance en eux. Cela a été considéré comme un changement significatif dans l'histoire du cinéma de Hongkong ».

Mak : « La trilogie Infernal Affairs n'est pas constituée de trois histoires distinctes. C'est une seule histoire dotée d'une structure circulaire, bouclée sur elle-même. En fait, nous avons commencé par écrire le I et le III, et c'est durant le tournage du I que nous avons eu l'idée du II. Cet épisode-prologue dévoile au spectateur les débuts des personnages interprétés par Andy Lau et Tony Leung, explique comment ils sont devenus des taupes, l'un au service de la loi, l'autre de la pègre. Il explicite aussi la rivalité entre les personnages d'Anthony Wong et Eric Tsiang. Infernal Affairs III est le dernier volet de l'histoire, qui traite d'épisodes situés avant et après le premier film et dévoile de nouveaux secrets et de nouvelles relations. Le public découvrira ainsi l'histoire dans toute son ampleur, et devrait ressentir son dénouement comme un choc majeur ; il faut le voir pour le croire !"

Dimanche 16 Mai 2010
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